Le 18 juin, le gouvernement Legault a annoncé que 17 000 étudiant·e·s toucheront des bourses pour leur stage dès l’automne 2019. Si le gouvernement fait des concessions aux stagiaires, ce n’est pas parce que la période économique le lui permet. Ce n’est pas non plus parce que le ministre Roberge s’est engagé à « améliorer concrètement les conditions de stage » au début de son mandat. C’est parce qu’il y a eu une lutte pour la rémunération des stages pendant plusieurs années.

Ces mesures permettront à des stagiaires de recevoir entre 900 et 4000 $ pour leur stage final. Même si elles seront bien accueillies par plusieurs, ces mesures restent insuffisantes. Elles laissent beaucoup de stagiaires en reste, d’autant plus que seuls les derniers stages seront compensés, ce qui veut dire que seulement une partie minime des heures de stages seront payées.

Les conditions d’accessibilité aux différentes bourses ne seront probablement pas assouplies. Ces conditions concernent notamment le fait de réussir le stage. En enseignement – et éventuellement dans plusieurs autres programmes – tomber malade ou se blesser sans réussir à reprendre les heures manquées peut facilement entraîner l’échec d’un stage et le non-versement de la moitié de sa bourse. Ces mesures ne régleront pas non plus les problèmes fréquents de violences physiques, psychologiques et sexuelles que subissent trop de stagiaires dans leur milieu de stage.

Une compensation sous le salaire minimum

Les étudiant·e·s en enseignement pouvaient déjà recevoir une bourse pour leur stage 4. Or, rien n’a été fait pour leurs trois autres stages préalables et tout aussi importants dans leur formation. Les stagiaires en pratique sage-femme doivent faire 2000 h de stage pendant leur cheminement universitaire. Elles se verront offrir 4000 $ en bourses, ce qui représente une compensation à la hauteur de 2$/h de stage!

Forcer des étudiant·e·s à travailler sous le salaire minimum pendant leurs stages obligatoires, c’est peut-être « mieux » que de les forcer à être bénévoles, mais c’est loin d’être acceptable. Alternative socialiste a largement participé à la mobilisation pour le salaire minimum à 15$/h. Nous ne féliciterons certainement pas la CAQ pour des mesures qui, à grands coups de 2$/h, ne permettent pas aux étudiant·e·s de sortir de la précarité qui caractérisera toujours ces programmes après l’implantation des bourses.

Une approche à débattre

Les Comités unitaires sur le travail étudiant (CUTE) sont à l’origine des mobilisations étudiantes sur la question des stages – ce sont eux qui ont lancé l’appel à la grève étudiante et à la grève des stages auquel quelque 35 000 étudiant·e·s ont répondu en mars. Le CUTE UQAM a commenté l’annonce du gouvernement sur sa page Facebook. Il y a déclaré que la lutte pour la rémunération de tous les stages « laisse en héritage au mouvement étudiant du Québec et d’ailleurs de nouvelles stratégies, analyses, structures et revendications ». Doit-on en conclure que cette « nouvelle » approche a atteint ses objectifs et ne mérite pas d’être évaluée? Rien n’est moins sûr.

Si demain le gouvernement Legault décidait de quadrupler les frais de scolarité, il n’y aurait aucune force étudiante démocratique et combative pour l’arrêter. Mis à part un improbable retournement des directions de l’Union étudiante du Québec (UEQ) et de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), il n’existe plus aucune structure étudiante nationale capable de canaliser la résistance face au gouvernement et à son système pourri. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, aucune organisation étudiante nationale n’est en mesure de mener des combats victorieux durant la période économique actuelle favorable aux concessions.

Jusqu’ici, la lutte pour la rémunération de tous les stages s’est soldée par une compensation de quelques stages. Il s’agit d’un résultat largement en deçà des attentes et des demandes des comités CUTE à l’origine de la campagne. C’est à peu près pour ce type de compromis que l’UEQ et la FECQ ont fait du lobbying auprès du gouvernement durant les derniers mois. Contrairement aux comités CUTE, les deux associations étudiantes nationales ont mis l’essentiel de leur énergie sur ce lobbying plutôt que sur une campagne de mobilisation nationale sur le terrain. Ce qui a mis la pression sur le gouvernement Legault, c’était la campagne des CUTE. Si les stagiaires avaient seulement eu l’UEQ et la FECQ comme représentantes, sans la campagne de terrain des CUTE, les gains obtenus auraient été encore moindres. Avec une campagne nationale radicale et concertée, nous aurions pu obtenir bien mieux!

Stratégies et tactiques

En terme de stratégies et de tactiques de campagne, l’attitude adoptée cet hiver dans certaines « zones de grève » créées dans des établissements d’enseignement a de quoi laisser sceptique. À l’Université Laval et à l’UQAM, ces zones ont été impossibles à occuper davantage que quelques heures par manque de militant·e·s. Lorsqu’elles l’ont été, elles n’ont pas forcément servi à mobiliser la population étudiante. L’approche de la « cabane à bannières » à l’UQAM a frappé l’imaginaire tellement elle a rebuté plutôt que politisé. Pourtant, ce type d’action peut fonctionner. Les zones de création du Printemps 2012 ont été des exemples d’inclusion et de dynamisme militant.

À l’Université Laval, la mobilisation et la politisation au sein des programmes de grève n’a pas été suffisante. En conséquence, la grève générale illimitée n’a duré qu’une semaine. La désorganisation du mouvement a été palpable. C’est une chose de voter une grève. C’en est une autre de convaincre ses camarades de classe que la grève est nécessaire et de décider, ensemble, de la prolonger; il est essentiel d’entrer en contact avec ces personnes et de les convaincre à travers le dialogue.

Les stratégies de grève du mouvement étudiant continuent de prouver leur efficacité à de nombreuses reprises. Les journées de grève du printemps 2018 ont forcé le gouvernement à compenser le stage final en enseignement. L’une des originalités de la campagne pour la rémunération des stages a notamment été de faire entrer des stagiaires en grève. Même si peu l’ont fait, les gains obtenus en 2016 par les étudiantes en psychologie ont montré qu’il s’agit d’un levier de pression important et déterminant.

Une autre dimension importante de cette lutte concerne la conception d’une campagne entièrement construite sur une analyse féministe. Cet élément nouveau a permis au mouvement étudiant de construire une lutte qui a ciblé une manière précise dont le capitalisme nous divise et nous exploite. Si les inégalités de rémunération des stages touchent d’abord les domaines majoritairement féminins, la lutte pour la juste rémunération de tous les stages est dans l’intérêt de tout le monde.

Des structures à reconstruire

Pour ce qui est des structures, nous voyons bien que le mouvement étudiant est présentement à son plus bas niveau d’organisation depuis des années, voire des décennies. Les structures dont nous nous sommes servis pendant la grève de cet hiver n’ont pas été d’envergure nationale, ce qui fait que les stratégies de lutte n’étaient souvent pas coordonnées. Les comités et les coalitions n’ont pas eu de mandat de négociation avec le gouvernement (ni de mandat représentatif tout court, dans bien des cas).

D’une part, le mouvement étudiant national actuel est constitué de fédérations étudiantes déconnectées de leur base (UEQ, FECQ) et d’une Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) dissoute qui devrait ressusciter d’ici quelques années (si tout va bien). D’autre part, le comité CUTE UQAM tente de s’accaparer des luttes sans travailler avec les autres groupes (ou pire, en travaillant contre, comme cela a été le cas avec la feue ASSÉ). Quelques coalitions régionales sur le travail étudiant, cellules locales des CUTE et comités de mobilisation locaux subsistent encore.

La lutte pour la rémunération de tous les stages et pour l’amélioration des conditions de stage doit continuer tant que l’éducation ne sera pas accessible pour tous et toutes, peu importe leurs conditions matérielles. Il faut que le mouvement étudiant se reconstruise sur des bases nationales, se redonne des structures démocratiques et mène une politique combative basée sur nos intérêts de classe pour en finir avec les oppressions et l’exploitation que nous font subir les élites capitalistes. Une telle organisation nous permettra de réellement gagner la rémunération de tous les stages, et non de ramasser les miettes que le gouvernement nous offre. Cette mobilisation doit se faire durant les campagnes, mais doit aussi grandir entre celles-ci sur la base d’enjeux locaux.

Et la reconstruction d’une force étudiante nationale combative et démocratique commence par l’implication dans nos associations étudiantes et nos comités de mobilisation locaux. C’est sur ces instances actives sur le terrain local qu’un mouvement national pourra réellement se construire.

Revendications

En plus des stages rémunérés, les étudiant·e·s ont notamment besoin d’un enseignement gratuit, accessible et de qualité. L’organisation massive de l’ensemble des travailleurs, des travailleuses et des étudiant·e·s sera nécessaire pour obtenir un refinancement public massif de l’enseignement et des services publics.

La rémunération des stages doit également aller de pair avec le refinancement public du milieu communautaire qui repose notamment sur le travail non rémunéré des stagiaires. Les intérêts des capitalistes de toujours faire plus de profits rendent impossible le financement adéquat du secteur communautaire; seule une administration démocratique basé sur les intérêts des travailleurs·euses, donc socialiste, peut financer ces ressources adéquatement.

  • Pour une amélioration des conditions de tous les stages, incluant un salaire minimum de 15$/h!
  • Pour la fin des violences physiques, psychologiques et sexuelles vécues par les stagiaires!
  • Pour un mouvement étudiant uni, démocratique et socialiste!
  • Pour une éducation publique gratuite, accessible et de qualité à tous les niveaux!
  • Pour la conversion de tous les prêts étudiants en bourses!
  • Pour l’annulation des dettes étudiantes existantes!

Hubert G.

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