Québec Solidaire Verdun

Dans un dépanneur de Verdun, client et caissier échangent quelques paroles. En réponse à la plainte d’un client au sujet du coût du pain, le caissier laisse soudainement tomber « c’est simple, tout augmente sauf nos salaires! ». Témoin de cette scène, B-P, militant d’Alternative socialiste (ci-après AS) et membre de Québec solidaire, aime à croire qu’il s’agit là d’une répercussion de la campagne d’affichage menée par le groupe en faveur du salaire minimum de 15$. En effet, parmi les milliersd’affiches placardées dans le Sud-Ouest et Verdun par le collectif, l’une d’elle a été collée, bien visible, à proximité du dépanneur. Pour J.D., également membre d’AS, l’un des but de la campagne est justement d’avoir un écho dans l’esprit de la population en utilisant des revendications simples et claires fondées sur l’expérience quotidienne de la précarité et les besoins des gens. Cette initiative d’affichage est la première étape locale d’une campagne qui a permis jusqu’à maintenant de remporter des gains significatifs dans plusieurs villes américaines et qui, depuis moins d’un ans, se propage au Canada.

Une revendication portée par les salarié-es

Le 26 novembre 2012, une journée de débrayage a mobilisé des centaines de travailleuses et travailleurs non syndiqué-es d’une soixantaine de succursales de restauration rapide de New-York. Ces travailleuses et travailleurs précaires, souvent payé-es le salaire minimum, assujetti-es à des horaires discontinus et des cadences de travail infernales, réclament des augmentations de salaire et de meilleures conditions de travail. Aux États-Unis, le salaire minimum stagne à 7,25$ au niveau fédéral. Les États et municipalités peuvent toutefois prévoir sur leur territoire un salaire supérieur. Néanmoins, ceux-ci sont largement insuffisants pour couvrir les dépenses courantes.  Cette grève historique fera « tâche d’huile » et sera suivie de mobilisations similaires dans plus de 200 villes, 35 pays et 6 continents. Cette expérience sera la bougie d’allumage de la campagne « Fight for 15$ », dont la revendication principale est précisément l’établissement d’un salaire minimum de 15$.

Seattle, victoire de la stratégie « des urnes et de la rue »

C’est d’abord à Seattle que la première victoire de la campagne « Fight for 15$ » s’est concrétisée en 2014. L’élection municipale de 2013 a été l’une des étapes charnières d’une stratégie dite des urnes et de la rue. Kshama Sawant, organisatrice du mouvement Occupy et membre de la branche locale du groupe AS, a alors été élue au poste de conseillère de ville. Figure singulière du paysage politique américain, madame Sawant a défendu tout au long de sa campagne un socialisme décomplexé articulé autour de quelques revendications clées : l’adoption d’un salaire minimum de 15$, le contrôle du prix des loyers, la construction de logement sociaux et la baisse du coût des transports collectifs. L’écho populaire croissant de cette stratégie a notamment forcé ses opposant-es démocrates à se positionner en faveur d’un salaire minimum de 15$. Une fois élue, Kshama Sawant a habilement utilisé son poste afin de poursuivre la promotion de cette revendication pendant que se poursuivait, en parallèle, les mobilisations populaires. Quelques mois après l’élection, la mairie, largement acquise au parti démocrate, a finalement mis sur pied le « Income Inequality Advisory Committee (IIAC) », un comité composé d’élu-es et de représentant-es de l’entreprise privée chargé de proposer un plan de hausse du salaire minimum.

Tout au long des délibérations du comité, Kshama Sawant a dénoncé activement les tentatives menées par la droite afin de neutraliser les effets économiques du salaire minimum. Également, dans l’objectif de maintenir la pression sur le comité et les élu-es, les membres d’AS ont organisé la campagne « 15$ Now! ». Des conseils de quartier ont aussi été mis sur pied afin d’enraciner localement la mobilisation. C’est finalement le 2 juin 2014 qu’a été adoptée à l’unanimité par les élu-es un plan de hausse progressive du salaire minimum qui, au terme d’une période de 5 ans, verra se généraliser dans l’ensemble des entreprises le salaire minimum de 15$ soit, le plus haut des États-Unis. Depuis, d’autres villes dont Los Angeles et New York ont emboîté le pas ou envisagent de le faire.

Récemment, la British Columbia Federation of Labor, principale centrale syndicale de la province, a adopté la campagne « Fight For 15$ » suite aux représentations des membres de “Young Workers”, le collectif jeune de la fédération. À cette fin, un site internet  a été mis sur pied, une pétition circule à travers la population et le 15e jour de chaque mois, une activité est organisée afin de promouvoir cette revendication. Le Nouveau Parti Démocratique, tant au niveau fédéral que dans certaines provinces, a pris position en faveur du salaire à 15$. C’est d’ailleurs l’un des thèmes qui fut promu par ce parti lors de la campagne électorale  au terme de laquelle il a obtenu la majorité des sièges de la législature albertaine en 2015.

Pendant ce temps au Québec…

L’initiative d’affichage d’AS, visible sur le mobilier urbain du territoire de Verdun, est une première étape de la campagne en faveur d’un salaire minimum de 15$ au Québec. B.-P. et J.D. reconnaissent d’emblée qu’ils agissent en tant qu’initiateurs, avec, pour l’instant, des moyens relativement modestes. Selon eux, la prochaine étape de la campagne repose sur son adoption par les mouvements sociaux, au premier chef les organisations syndicales. Pour leur part, les membres de Québec solidaire doivent se sentir interpellés par cette initiative. Il est, à ce jour, le seul parti à proposer une hausse substantielle du salaire minimum. Le programme prévoit en effet de fixer, dans un premier temps, le salaire minimum au niveau du seuil de pauvreté et, ensuite, de le hausser 50% au dessus de ce niveau. Force est de constater que contrairement à la revendication d’un salaire de 15$, cette formulation demeure peu commode pour constituer des slogans politiques simples et clairs. Néanmoins, cette position fait de Québec solidaire un acteur privilégié pour mener une telle campagne.

Notons que plusieurs organisations québécoises portent la revendication en faveur d’une hausse significative du salaire minimum dont l’organisme Au bas de l’échelle.