Une vingtaine de membres du Syndicat des employés de la Société du Vieux-Port de Montréal se sont rassemblés pour une action éclair le soir du 28 janvier, tout juste avant une réunion portes ouvertes tenue par leur employeur au Centre des sciences afin de solliciter le public quant à l’avenir du Vieux-Port.

« Nous sommes ici pour rappeler à notre employeur que les travailleuses et les travailleurs du Local 10333-AFPC font partie de l’avenir récréo-touristique du Vieux-Port», explique Jacques Fontaine, planificateur d’événements et membre de la section locale 10333. La convention collective de son syndicat arrive à échéance le 31 mars 2016. Selon Fontaine, qui est aussi membre du comité de négociation, « 43% des travailleurs du Vieux-Port gagnent moins de 15$/h. Sur un total de 250 travailleurs l’hiver – 350 l’été, au plus fort de la saison touristique – seulement 100 sont à temps plein et ont droit à un régime de retraite. Seulement ces mêmes 100 reçoivent des congés de maladie. Pour ceux qui travaillent sur une base précaire comme moi, les heures de travail peuvent varier de 0 à plus de 50 ».

C58F7937C933« Bien que le Vieux-Port se situe sur un territoire de juridiction fédérale, nous ne sommes pas rémunérés en tant que “fonctionnaires”, nous avons un sous-statut de “travailleurs fédéraux” qui, semblablement, permettrait à notre employeur, le gouvernement du Canada, de nous sous-rémunérés, par rapport à un  “fonctionnaire” faisant le même travail que nous. C’est une exploitation non provoquée et injustifiable, d’un point de vue moral autant que de justice économique. Nous devons négocier en tant que groupe relativement petit avec un employeur qui déploie des tactiques antisyndicales » nous précise Pierre Veilleux, spécialiste de l’entretien depuis 8 ans.

« Néanmoins, lors de la dernière négociation collective il y a 2 ans, nous avons réussi à éviter des reculs grâce à notre sang, à notre sueur, à nos larmes et à la solidarité. Nous sommes prêts à recommencer le combat pour les négociations en cours. Notre stratégie actuelle consiste à prioriser la revendication du 15$/h minimum pour les travailleurs les moins bien rémunérés et d’élargir le réseau de soutien à travers la campagne 15plus.org ici à Montréal ».

Lutte contre la précarité

Les négociations entre de la Société du Vieux-Port de Montréal et ses travailleurs semblent bien pâles en comparaison de celles qui se déroulent entre le gouvernement provincial et les 400 000 employés des secteurs public et parapublic. La lutte dans le Vieux-Port renferme néanmoins des leçons essentielles pour les 500 000 salariés précaires du Québec, qu’ils soient syndiqués ou non.

« En plus de la demande pour un salaire minimum de 15$/h pour tous nos travailleurs, nous demandons 1) des jours de maladie pour tous les employés; 2) des jours de vacances; 3) le remboursement des jours de maladie non pris; 4) une rémunération incitative pour les horaires de nuit et la fin de semaine. Pour la centaine d’entre nous qui bénéficions d’un régime de retraite, nous n’accepterons pas le désengagement de l’employeur qui veut réduire son pourcentage de participation actuellement à 7,5%. Ce sont des demandes minimales pour nos travailleurs qui sont représentatifs de la population en générale en termes d’âge, d’origine ethnique et le genre » explique Pierre Veilleux.

« En tant que membre du comité de négociation, je représente un large spectre de travailleurs: le personnel éducatif à notre Centre des sciences, les planificateurs d’événements, le personnel d’entretien (comme moi), les préposés au stationnement et même à la sécurité. Nous sommes vraiment un microcosme de Montréal ».

Des grandes usines au circuit touristique

Situé à la confluence de la voie maritime du Saint-Laurent et du canal Lachine, le Vieux-Port de Montréal se trouve à l’extrémité d’une jetée. Il n’y a pas si longtemps, ce secteur concentrait certaines des plus grandes usines d’Amérique du Nord. La vie difficile de la classe ouvrière du quartier est notamment racontée dans les romans de l’écrivaine canadienne-française Gabrielle Roy. Il n’est pas surprenant que les premières grèves de l’histoire du Canada se soient déroulées dans le secteur, en particulier durant la construction du canal Lachine.

1280027F244CAujourd’hui, les usines sont vides. La berge a été reconvertie pour une utilisation urbaine. Des pistes cyclables, le Centre des sciences et d’autres attractions culturelles comme le festival de musique Igloofest animent le Vieux-Port. Fontaine et Veilleux se considèrent néanmoins comme les héritiers de la tradition de lutte du quartier. Ils sont lucides concernant les nouveaux défis posés par l’austérité et le néo-libéralisme.

Comme l’explique Veilleux, « la prolifération de la sous-traitance facilite petit à petit le remplacement de la main-d’oeuvre syndiquée par une autre non syndiquée. Cette situation fait réduire continuellement le nombre de nos membres, d’autant plus que l’employeur rémunère souvent davantage les travailleurs non syndiqués afin de rendre leur travail plus attrayant. Par exemple, le personnel d’entretien non syndiqué est payé 17$/h, soit 4$/h de plus que celui du syndicat. Ces salariés n’ont cependant pas de jours de maladie et de vacances et n’ont pas droit au régime de retraite. Voilà pourquoi cette lutte est si importante pour nous. Voilà pourquoi nous continuerons de nous mobiliser avec nos frères et nos sœurs du syndicat ainsi que dans la campagne pour le 15$/h minimum ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *