Le conseil de la ville américaine de Seattle a pris fin mai la décision d’accepter la revendication de la campagne ‘‘15NOW’’ qui avait suscité un réel mouvement de masse pour introduire un salaire minimal de 15 dollars de l’heure. Cette victoire constituera à n’en pas douter une inspiration pour des revendications similaires dans le reste du pays. Mais cette revendication pourrait également devenir de première importance en Belgique.

Beaucoup de travailleurs belges pourraient effectivement défendre l’introduction d’un salaire minimum de 15 € de l’heure, ce qui reviendrait, pour un travailleur à plein temps, à 2.565 € de salaire brut mensuel, soit 1.650 € net pour un travailleur isolé. En 2012, 40% des travailleurs belges gagnaient un salaire inférieur à ce montant, surtout dans des secteurs comme le nettoyage, la vente, l’horeca ou l’industrie textile(1). Les salaires les plus bas touchent majoritairement les jeunes, les travailleurs peu qualifiés et les femmes : plus de 70% des travailleurs de la tranche des 10% de salaires les plus bas (moins de 1.967 € brut par mois) sont des femmes(2)!

En Belgique, le patronat est à l’œuvre depuis plusieurs années déjà pour fortement y élargir le secteur des bas salaires. A la demande d’entreprises comme Walibi et Studio 100 (entreprise productrice de shows télévisés comme Megamindy, mais aussi exploitante du parc d’attractions Plopsaland, ex Méli Parc), le secteur des attractions touristiques a reçu en 2003 une nouvelle commission paritaire (la 333), avec des salaires qui se situent loin en dessous de la moyenne nationale. Un travailleur peut donc être engagé dans un parc d’attractions à un salaire de 9,34 € de l’heure à peine, ce qui contraste fortement avec les profits des actionnaires : sur un chiffre d’affaires de 153 millions € en 2012, Studio 100 a réalisé un profit net de 41 millions € (27%). En 2010, le personnel de Walibi avait d’ailleurs mené des actions contre les bas salaires et les mauvaises conditions de travail dans le secteur(3).

Dans le secteur de la vente et des supermarchés, les salaires – pourtant déjà fort bas – sont à nouveau sous pression. En 2008-2010, Carrefour avait réussi à s’en prendre aux salaires de ses travailleurs en fermant des magasins pour les rouvrir en tant que franchises. Delhaize a relevé le même défi aujourd’hui. L’enseigne au lion veut tourner le plus de magasins possible vers des commissions paritaires moins intéressantes, aux salaires et conditions de travail bien pires.

Les attaques continuelles contre les chômeurs constituent une autre tactique pour pousser plus de gens vers les secteurs à bas salaires. Suite à l’une des mesures-phares du gouvernement Di Rupo, des dizaines de milliers de personnes vont perdre leur allocation d’insertion à partir du 1er janvier 2015. Selon le gouvernement et le patronat, cette approche ne viserait qu’à ‘‘activer’’ les chômeurs en les forçant à trouver un emploi au plus vite. Dans les faits, avec 669.032 chômeurs pour seulement 90.547 offres d’emploi en Belgique(4), cela ne fera qu’accroître la compétition pour le maigre nombre d’emplois disponibles. Encore plus de travailleurs seront obligés d’accepter n’importe quelles conditions de travail. Du pain béni pour les entreprises qui se spécialisent dans les bas salaires…

Ce n’est toutefois pas encore suffisant aux dires de certains. Début juin, la Banque Nationale a ainsi conseillé au gouvernement de faire baisser les montants des allocations et des pensions. Quand de tels avis sont rendus publics, les économistes néolibéraux comme Geert Noels font la file pour s’exprimer face aux journalistes : ‘‘Il faudra un jour réaliser des arbitrages douloureux dans nos dépenses sociales et de subventionnement : l’assiette est trop large et nuit autant à la solidarité qu’à la soutenabilité de notre modèle(5).’’

Les économistes bourgeois ne font finalement que confirmer que le capitalisme est de moins en moins capable d’offrir des salaires, des pensions et des allocations décentes pour la majorité de la population. Des emplois disparaissent, des allocations sont rayées de la carte, et pour ceux qui ont encore un boulot, les salaires continuent à baisser. Nous sommes d’accord avec Geert Noels : ce modèle n’est plus soutenable !

Prenons donc exemple sur la lutte qui a été menée à Seattle : n’acceptons plus les dictas du libre marché capitaliste, mais construisons un contre-mouvement conséquent, capable de mener la lutte pour suffisamment d’emplois, avec de bons salaires. Et si cette revendication n’est pas compatible avec les profits record et les salaires trop élevés du patronat, réglons de suite nos comptes avec ce système, et remplaçons-le par le socialisme démocratique, où les richesses sont collectivement gérées. Alors, de bonnes conditions de vie et de travail seront possibles !

Notes

(1) Chiffres Statbel: http://statbel.fgov.be/fr/binaries/SES%202010_Loon%20naar%20werken_FR_tcm326-206807.pdf
(2) Chiffres 2009, voir “De Loonkloof en het Glazen Plafond in België” par Nick Deschacht ea. (en néerlandais): http://mosi.vub.ac.be/papers/DeschachtBeartsGuerryMOSI38.pdf
(3) http://www.socialisme.be/fr/3216/walibi
(4) Chiffres avril 2014
(5) Le Soir, 10 juin 2014: « La BNB conseille de baisser les pensions » : http://www.lesoir.be/567300/article/economie/2014-06-10/bnb-conseille-baisser-pensions